Kahnawake, casino en ligne et crime organisé: à quoi pensent les joueurs du Canadien?

Lorsque vous voyez des malfrats dissimuler du sale argent dans leurs chaussettes, cela ne représente que la première étape d’une opération criminelle fort complexe. L’étape suivante, extrêmement délicate, consiste à blanchir cet argent obtenu de manière criminelle. Le casino en ligne de Kahnawake, totalement illégal et contrôlé par le crime organisé nord américain, se révèle un formidable outil de blanchiment d’argent douteux. En prime, les Mohawks peuvent frauder à volonté les joueurs naïfs qui utilisent leurs sites de jeux en ligne, aucune transparence n »étant exigée quant à la façon dont sont fixées les règles de gains. Que des joueurs du Canadien de Montréal s’associent à cette industrie plus que suspecte, logée à Kahnawake donc hors de tout contrôle public, ne peut que soulever un doute quant à leur jugement ou à celui de ceux qui les conseillent.

La fable autochtone, intégrale du texte publié dans la section Idée de La Presse du 10 janvier 2013

LA FABLE AUTOCHTONE

 

Réjean Morissette, auteur du livre « Les Autochtones ne sont pas des pandas », Hurtubise, 2012.

Theresa Spence, chef d’Attawapiskat, nous interpelle encore une fois sur le caractère troublant et inacceptable des conditions de vie affligeantes de nombre d’Autochtones canadiens. Par un geste extrême, une grève de la faim, elle suscite cette polarisation automatique, à la grandeur  du pays, entre victimes de l’arrivée de la civilisation européenne en Amérique du Nord, les Autochtones, et les coupables de cette victimisation absolue, les non autochtones et la civilisation moderne.

 

À cette grande messe morale à laquelle nous convie Mme Spence, s’associent immédiatement et sans nuance les bonzes des automatismes de la rectitude politique, ceux qui ont comme fonds de commerce de leur vertu la misère des Autochtones les plus démunis. Pour eux, la compassion, la généralisation et les clichés font œuvre de courage politique. Sans nommer personne, disons que Québec Solidaire fait montre d’énormément de leadership en ce domaine. Mais qu’en est-il de la situation des Autochtones au Québec?

 

Le Québec compte environ 80 000 résidents ayant le statut d’Autochtones, soit 1% de sa population. De ce nombre, moins de 20%, soit environ 15 000 personnes, habitent des réserves où la vie communautaire est empreinte de détresse sociale et économique. Toutes ces réserves sont nordiques, situées en régions périphériques et, pour la plupart, géographiquement isolées. Ce sont les trois communautés attikameks, les quatre communautés innues de la Basse-Côte-Nord (Mingan, Natashquan, La Romaine et Pakuashipi) auxquelles s’ajoute la communauté innue de Matimekosh-Lac-John près de Shefferville et enfin, les communautés algonquines de l’Abitibi-Témiscamingue et de l’Outaouais.

 

Les autres communautés autochtones du Québec, c’est à dire 80% des Autochtones du Québec, à peu d’exception près et sous réserve des données financières disponibles, affichent des revenus par habitants au moins comparables à la moyenne québécoise et pour une majorité, largement supérieurs. Ainsi, lorsqu’il est rapporté que Mme. Spence et son conjoint se sont octroyés une rémunération annuelle de 250 000$, il faut comprendre une rémunération équivalente à 500 000$ pour une personne qui paye des impôts. Ajoutée à cela qu’ils ne payent pas de taxes et vous obtenez rapidement une rémunération équivalent  à 550 000$ pour gérer un village de 1600 personnes. Pauvreté morale et sociale oui, pauvreté économique, la démonstration reste à faire.

 

Le drame des Autochtones et de notre société dans son ensemble réside précisément dans cette équation économique surréaliste entretenue tout particulièrement depuis 50 ans par les prêtres de l’orthodoxie autochtoniste. Pour ces derniers, l’important n’est pas de savoir, de démontrer à partir de faits historiques et sociaux ce que l’on affirme, mais plutôt de croire ce que l’on affirme. Une fois que l’on y croit parce que cela a été affirmé, cette croyance devient vrai et peut remplacer la réalité des faits. L’exemple des lignes de trappe traditionnelles cries, mode d’occupation du territoire qui n’a jamais existé avant l’exploitation intensive des fourrures par la Compagnie de la Baie d’Hudson à compter de 1670, illustre ce phénomène propre à l’idéologie autochtoniste. Ce qui est affirmé comme une évidence par les autochtonistes n’a pas à être démontré. Cela devient de facto une vérité et dès lors, doit être considéré comme un dogme indiscutable. Dans ce sens, l’autochtonie moderne est aujourd’hui devenue une religion. Ou nous adhérons à tous ces préceptes ou nous sommes considérés comme des individus sans compassion ou pire, comme affichant un comportement raciste.

 

C’est depuis le développement de la Baie-James et la victoire juridique des Cris sur le Québec que les Autochtones du Québec, avec l’aide des anthropologues, ont construit de toutes pièces une fable sociale et historique leur octroyant le droit moral de s’inscrire en marge de toutes responsabilités et contraintes citoyennes, les autorisant ainsi à n’en revendiquer que les avantages. Ayant été dépossédés de leurs territoires ancestraux, privés de leur mode de vie traditionnel, les Autochtones se considèrent aujourd’hui légitimés de revendiquer des réparations financières considérables et permanentes. L’adhésion aux valeurs citoyennes canadiennes et québécoises et aux obligations qui s’y rattachent ne figure plus dans le futur qu’ils voient pour eux. C’est le champ des revendications d’autonomie politique et des relations de nation à nation. Avoir tous les avantages d’une citoyenneté canadienne et québécoise sans inclusion citoyenne responsable, voilà l’essence de l’utopie autochtone moderne.

 

Pourtant, la présence autochtone au Québec à l’arrivée de Cartier en 1534 et de Champlain en 1608 était tout au plus insignifiante. Elle se composait d’au plus 1000 individus, essentiellement des Mohawks installés dans la partie sud de la Montérégie. C’est dire qu’aucune des 11 nations actuellement reconnues par le gouvernement du Québec n’était présente de manière significative, continue et organisée sur le territoire du Québec il y a 400 ans. Pas de paradis terrestre ancestral autochtone au Québec, pas de mode de vie traditionnel souillé et détruit par la civilisation européenne!

 

Mais alors, d’où proviennent les 80 000 Autochtones actuellement reconnus au Québec? Deux mouvements de migration expliquent l’essentiel de la présence autochtone actuelle au Québec. Un premier groupe, accueilli sous le Régime français, se composera de familles huronnes, iroquoises (mohawks) et abénakises. Converties au catholicisme et menacées d’extinction par des guerres fratricides entre autochtones ou par la maladie, elles seront accueillies par le Gouverneur français et les Jésuites entre 1650 et 1759 et autorisées à se regrouper en communautés : Loretteville, Wôlinak, Odanak et Kahnawake. Aucune de ces communautés ne pratiquera d’activités traditionnelles au Québec de manière intensive.

 

Le second groupe comprend tous les autres, ceux qui ont migré au Québec afin d’améliorer leur condition de vie, notamment en participant à l’essor de l’industrie des fourrures. Ce groupe se compose particulièrement des Cris de la Baie James venus de l’Ouest canadien, des Innus, des Attikameks et des Algonquins. Les Micmacs de la Gaspésie quant à eux se sont installés le long des rives de la Baie-des-Chaleurs dans le contexte du Grand Dérangement des années 1750 et de l’exil d’un certain nombre d’Acadiens dans cette région.

 

Dès lors, les Autochtones du Québec doivent être considérés comme l’un des trois peuples fondateurs de la nation québécoise, avec les Français et les Anglais. En aucune façon leur présence sur le territoire du Québec, de manière soutenue et organisée, n’aura précédé celle des Français. L’histoire de la présence autochtone sur le territoire du Québec est une belle histoire, qui s’inscrit de manière légitime dans notre patrimoine historique. C’est l’histoire de peuples ayant eu à composer avec des conditions extrêmes de survie et ayant réussi à survivre. Elle ne correspond toutefois en aucune façon à cette fable aujourd’hui acceptée sans discussion d’une occupation ancestrale d’un territoire où chacun vivait heureux et en harmonie avec la nature et avec les autres nations autochtones qui l’entouraient.

 

De cet énorme méprise historique découle tant d’incompréhensions qu’il devient impossible de travailler ensemble, non Autochtones et Autochtones, afin que ces derniers puissent bénéficier, dans le respect de leurs origines, de ce que le Québec a de mieux à offrir à ses citoyens. À l’inverse, la reconnaissance d’une citoyenneté québécoise autochtone pleine, égalitaire et entière, permettrait enfin au Québec de bénéficier pleinement comme peuple et nation, de la contribution citoyenne sociale, culturelle et politique des Autochtones vivant sur son territoire.

 

En conclusion, Mme Spence a raison de s’insurger contre les conditions de vie de la population d’Attawapiskat. Elle se trompe toutefois lorsqu’elle fait miroiter que la solution réside dans le renforcement de l’exclusion des Autochtones à la citoyenneté canadienne et,  par ricochet pour nous, de la citoyenneté québécoise. En prônant des relations de nation à nation fondées sur la signature de traités racistes, elle favorise le renforcement du mouvement d’exclusion citoyenne des Autochtones et nuit grandement aux intérêts des Autochtones et du pays.

 

Au contraire, le mur du racisme entre Autochtones et non Autochtones doit être abattu par l’intégration citoyenne des Autochtones dans le respect des différences communautaires. Pas besoin de traités pour cela, notre système démocratique, même imparfait, a déjà démontré qu’il pouvait s’adapter et assumer cette responsabilité. Une saine démocratie s’enrichit des différences, contrairement au totalitarisme.

 

Il est temps de cesser d’aborder l’autochtonie comme une religion faisant que ce que nous croyons ou préférons croire par facilité, devient plus important, confortable et surtout rassurant, que la connaissance acquise des événements, laquelle oblige à composer avec la cruelle réalité des faits. La vie des peuples, leur histoire, n’est pas toujours du Walt Disney. Il convient de construire les relations Autochtones/non Autochtones sur l’histoire véridique des peuples si nous aspirons un jour à former une société citoyenne inclusive, généreuse et respectueuse des différence

Critique Le Devoir, samedi, 14 juillet 2012

http://www.ledevoir.com/culture/livres/354432/les-autochtones-freres-oublies

Michel Lapierre fait état de sa lecture du livre « Les Autochtones ne sont pas des pandas » dans Le Devoir du 14 juillet 2012. Malgré sa présentation extrêmement déroutante et romantique concernant l’ancestralité de la présence autochtone au Québec, qu’il définit comme tout Autochtone ayant des racines en Amérique du Nord, je lui suis gré d’exprimer ainsi clairement ce point de vue extrême. Dans les faits cependant, ce raisonnement revient à nier l’intérêt de tenir compte de l’histoire spécifique du Québec.

C’est notamment le point de vue des Hurons. Grâce à cet argument, ils parviennent à   justifier des revendications territoriales autrement insoutenables. Cela les légitime aussi à se désolidariser des Québécois et de leur histoire, puisqu’ils peuvent prétendre que seul leur origine nord-américaine explique leur statut ancestral.

Par ailleurs, il convient de souligner que les commentaires de M. Lapierre sont à maints égards fort positifs et toujours respectueux. Je l’en remercie.

Ceci étant dit, n’en déplaise à M. Lapierre, lorsque les Cris, les Innus, les Micmacs et les Attikameks négocient, ils appuient leurs revendications sur des prétentions d’occupation ancestrale du territoire québécois variant entre 1000 et 10 000 ans. Jamais, à l’exception des Hurons, un Autochtone du Québec n’a justifié ses revendications territoriales sur la base qu’il occupait un territoire  hors Québec en Amérique du nord il y a 5 000 ans.

Cette dérive anthropologique montre pourquoi il convient aujourd’hui de mettre fin à ces fabulations mystiques et romantiques. L’inclusion citoyenne des Autochtones à la société québécoise ne peut s’opérer sur la base de mensonges quant à notre histoire commune. La présence ancestrale des Autochtones sur le territoire du Québec est un mythe qu’il faut détruire pour le bénéfice de tous.

Actuellement les Autochtones sont prisonniers de leur statut de victimes de l’Histoire. Pour les autres, les non-Autochtones, nous sommes tous marqués du sceau indélébile de la culpabilité éternelle et de l’obligation de réparation jusqu’à la fin des temps. Voilà la justification des traités.

Ce faisant, nous devenons tous acteurs d’un drame collectif insoluble. La société québécoise  accepte, au nom d’arguments historiques et idéologiques fallacieux, qu’une partie de ses membres soient exclus de l’univers citoyen québécois, autant des responsabilités que des bénéfices composant cet univers. Pour les Autochtones, le Québec est actuellement une prison sociale où les barreaux sont constitués d’incompréhensions et de comportements racistes mutuels dévastateurs.

Avoir le courage d’amorcer un dialogue visant une inclusion citoyenne autochtone pleine, entière et respectueuse de l’histoire, représente un défi de société exaltant que Québécois autochtones et non-autochtones peuvent relever. Pour cela, il faut  briser avec les visions anthropologique, théologique, chamanisme et autres qui prédominent actuellement. Toutes ces visions ont en commun de confiner les Autochtones du Québec au rang d’icônes raciales idéalisées.

Le livre « Les Autochtones ne sont pas des pandas » se veut un ouvrage résolument engagé et respectueux des Autochtones du Québec. Il se refuse toutefois à ignorer la réalité historique du Québec, celle des hommes et des femmes, incluant les Autochtones, qui ont façonné cette histoire peu banale. Les mensonges et les dénis vertueux ne constituent plus des avenues acceptables si l’on souhaite enrichir le Québec d’une citoyenneté québécoise autochtone.

 

 

Les carottes sont presque cuites

Hier, 31 mai 2012, le premier ministre Charest arborait l’attitude de quelqu’un qui avait gagné son pari. Et il avait raison. Comme un boxeur, il a travaillé les étudiants au corps avant de les amener dans le coin du ring pour le coup final. Je ne m’en réjouis pas car ce n’est pas un aboutissement qui fait honneur au Québec. À cet égard, il n’y a que des perdants. Il demeure néanmoins que c’est maintenant M. Charest qui contrôle le terrain des enjeux concernant l’accès aux études au Québec. Sans être dramatique, cette situation ramène le débat à des considérations comptables.

Les étudiants quant à eux, en sont réduits au rôle de marchand de tapis voulant poursuivre des négociations avec un client de plus en plus désintéressé. Il n’ont pas su dire oui à une entente lorsque le moment était venu et, pire encore, ils n’ont été incapable de proposer des avenues de solutions crédibles réconciliant les intérêts des deux parties.

Leur pathétique contreproposition sur les crédits d’impôt et l’abolition du Régime d’épargne étude, relevait de l’improvisation et de l’amateurisme le plus complet. On ne s’aventure pas sur un terrain de négociation où l’adversaire est mille fois mieux versé que soit et peut nous démolir sans difficulté sur la place publique. Et c’est là que réside la défaite du mouvement étudiant hier, il a perdu crédibilité et adhésion auprès d’une majorité de Québécois.

Reste un espoir et il est de taille. L’enjeu de l’accès démocratique une éducation de qualité demeure le point fort de l’actuel mouvement de revendication. Accepter les gains à court terme obtenus, et ils sont considérables, refuser le forum de discussion sans envergure et sans pérennité proposé par M. Charest, exiger la mise sur pied, sous l’égide de l’Assemblée nationale, d’un forum structuré et permanent de consultation et de recherche sur les meilleures pratiques en matière d’accès démocratique à une éducation de qualité, voilà la seule façon de recadrer correctement cette lutte. Une telle avenue offrirait toutes les conditions pour déboucher sur une solution acceptable tant pour le gouvernement que les étudiants.

Autrement, les carottes sont cuites pour les étudiants ainsi que pour cette revendication d’une éducation qui, à court terme, pourrait devenir un emblème identitaire et une fierté rassembleuse pour tous les Québécois.

 

Une réponse gouvernementale historique (seconde partie)

Il revient au gouvernement d’initier une réponse à la crise. Oui les derniers 100 jours furent difficiles, non il n’a pas à s’empêtrer dans des faux-fuyants afin de sauver la face. Au contraire, plus il tarde à répondre à la grogne populaire, plus il s’enfonce.  Que la situation dérape, incluant violence extrême, blessés et mort d’hommes, il passerait à l’histoire pour les pires raisons qui soient.

Que doit-il faire à cette étape-ci? D’abord sortir de l’ornière cul-de-sac de la négociation de frais de scolarité justes pour les étudiants. C’est simple, selon le point de vue adopté toutes les répercussions présumées rattachées à une hausse ou non des frais de scolarité peuvent trouver des défenseurs: les évaluations vont de l’effet nul jusqu’aux prédictions les plus apocalyptiques quant à l’accès futur aux études supérieures.

Chacun peut interpréter à sa manière l’enjeu des frais de scolarité au Québec. Actuellement, sans porter de jugement sur le fond, ces frais demeurent tout de même largement sous la moyenne nord-américaine et donc socialement défendables pour nombre de gens.

C’est pour cela qu’il revient au gouvernement de prendre l’initiative de quitter ce terrain miné et défavorable à toute entente négociée. Débattre sur le seul enjeu de la hausse des frais de scolarité amène rapidement à prêter des intentions maléfiques à l’autre, intentions trop souvent injustifiées. Dans ce contexte, le gouvernement a tout avantage à briser ce climat d’incompréhension en ramenant le débat dans la sphère des valeurs citoyennes, des valeurs liées à l’identité québécoise en matière d’éducation.

Quelle société désirons-nous léguer à nos jeunes? Par exemple, est-ce que l’accès aux études, autant secondaire et formation professionnelle que collégiale et universitaire, doit être inscrit dans la chartre de la citoyenneté québécoise? De même, souhaitons-nous collectivement enrichir notre patrimoine humain en accentuant notre ouverture au monde par l’entremise d’échanges universitaires internationaux plus appuyés? Aussi il convient de s’interroger sur l’accès à l’éducation pour les milieux défavorisés, les minorités telles les Autochtones, les nouveaux immigrants, notamment les femmes de certaines communautés réfractaires à leur plein épanouissement, les habitants de régions éloignées, etc.

Plusieurs questions autres que financières se posent également en matière d’accès aux études. À cet égard, la mobilisation et la passion populaires pour cet enjeu exigent d’être prises en charge par un gouvernement du Québec démocratiquement élu.

Ici je me permets d’adresser une suggestion à M. Charest. Depuis vingt ans les partis au pouvoir se sont constamment butés à la question de la hausse des frais de scolarité. En l’esquivant par le biais de la poursuite de la politique du gel des frais de scolarité, les gouvernements ont également fait l’économie d’un véritable débat, celui de la valorisation d’une éducation accessible, mais aussi de qualité. En cela M. Charest, nous devons au moins reconnaître à votre gouvernement d’avoir eu le courage de s’attaquer à ce statu quo louvoyant jugé confortable et facile par vos prédécesseurs.

Reste maintenant le plus difficile mais le plus exaltant si vous souhaitez passer à l’histoire pour les bonnes raisons. Les grandes orientations touchant l’éducation ne doivent plus être au Québec l’apanage du parti politique au pouvoir. Ces orientations doivent relever de l’assemblée nationale et d’un organisme indépendant, tel un Conseil supérieur de l’éducation redéfini, responsable chaque année de mener des études et des débats publics et transparents sur les enjeux liés à la démocratisation et la valorisation de l’éducation au Québec.

Le gouvernement quant à lui conserverait la prérogative de traduire dans l’action les orientations retenues et de faire rapport annuellement de ses réalisations et priorités en matière d’éducation. À chaque cinq ans, une révision de cette démarche sera obligatoire afin d’en décider le maintien.

Une telle démarche, garantissant aux Québécois un forum permanent d’implication et de débats, confèrerait à l’éducation le statut politique et social  particulier que la société souhaite et que l’éducation mérite.

À nos casseroles (première partie de deux)

Il y a quelque chose de noble, de beau dans cette mobilisation populaire vieille maintenant de plus de 100 jours. Qu’une manifestation maintienne un tel niveau d’intensité en continu sur une si longue période relève déjà de l’événement. Que le gouvernement n’ait pas encore compris qu’il lui revient de poser les gestes pour y mettre fin relève certes de l’inconscience politique de ces gens, mais aussi de la détresse de cette gouvernance usée.

Après 100 jours, il est cependant temps de trouver une solution à cette crise. Du côté des manifestants de grands dangers guettent le mouvement:

  • perte de contrôle des enjeux de la lutte;
  • dérapage des manifestations par la violence des casseurs;
  • brisure entre Montréal et le reste des régions;
  • et enfin, mais je dirais surtout, confusion dangereuse entre l’objectif de l’abolition des frais de scolarité et celui de l’accès démocratique le plus large possible aux études supérieures.

Car c’est de cela dont on parle, l’enjeu essentiel de cette lutte politique: s’assurer qu’aucun étudiant québécois ne se voit privé de réaliser les études de son choix pour des raisons financières. Ultimement, faire de l’éducation au Québec une valeur sociale non négociable incluant l’accès, certes, mais également la qualité des formations dispensées ainsi que la passion et la valorisation d’apprendre pour les étudiants.

Passer de la demande de gratuité des frais de scolarité à celle de la reconnaissance absolue de l’éducation comme projet de société prioritaire au Québec, voilà l’enjeu sur lequel doit déboucher ce mouvement. Situer le débat à ce niveau élargirait considérablement le terrain pour de nouvelles négociations. Cela ouvrirait entre autre la porte à une  réconciliation de points de vue actuellement irréconciliables.

De manière pratique, une telle approche rendrait possible l’élaboration conjointe, à savoir étudiants, représentants des institutions d’enseignement et de la société civile et gouvernement, d’un projet s’étalant sur plusieurs années. Les principes demeureraient non négociables, mais leur mise en oeuvre ferait appel à une mobilisation continue et une concertation de tous les acteurs que ce nouvel objectif de société interpellerait.

C’est ici que le gouvernement doit innover dans sa réponse au bruit des casseroles.

Les Mohawks s’entendent pour continuer le commerce du tabac (La Presse, 22 mai 2012)

Ainsi les Mohawks de Kahnawake ont démocratiquement décidé de continuer la contrebande de tabac. Ce qui est extraordinaire dans l’article mentionné en titre c’est que l’on ne parle que de commerce du tabac ou d’industrie du tabac, jamais de contrebande. C’est là un exemple type de désinformation distillée au quotidien lorsque l’on traite de sujets reliés aux Autochtones et, dans le cas présent, aux Mohawks.

Dans les faits, la contrebande de cigarettes à Kahnawake est une affaire de gros sous, de très gros sous contrôlée par des joueurs majeurs du crime organisé. La communauté et le conseil de bande de Kahnawake font parti de ces joueurs majeurs.

Plus encore, l’article de La Presse présente comme une décision démocratique, légitime, car prise selon les coutumes autochtones, l’adoption d’une loi mohawk autorisant la mise en circulation de cigarettes. Rappelons que  ces cigarettes sont produites par n’importe qui, sans contrôle public. Elles sont plus susceptibles d’être nocives que les cigarettes officielles, ce qui est peu dire.

J’ai  maintes fois demandé à des dirigeants de Kahnawake s’ils ne se sentaient pas mal à l’aise moralement face à cette situation. Chaque fois ils m’ont répondu que ce n’était pas leur problème mais celui des Québécois. Ils se désolidarisaient totalement des conséquences sur la santé publique des gens. Aujourd’hui, La Presse vient leur donner raison en présentant leur décision de poursuivre la vente de leurs cigarettes de contrebande comme une décision normale relevant exclusivement de la gouvernance mohawk. Où est la responsabilité citoyenne?

Une autre fois je vous raconterai l’histoire de l’alambic géant à Kahnawake qui a fait l’objet il y a quelques années de la seule descente conjointe Sureté du Québec/Police de Kahnawake. Et vous savez pourquoi elle a été autorisée par le Conseil de bande? C’est que même  les hauts dirigeants de la mafia considéraient que les Mohawks allaient trop loin. Avec la production d’alcool frelaté, ils risquaient de rendre des gens aveugles ou pire, de les tuer.

Si une telle chose s’était produite, toutes les activités frauduleuses et très lucratives de Kahnawake auraient été menacées par une probable enquête publique exigée par la population. Croyez-vous que La Presse, si elle avait assisté à la réunion du Conseil de bande lorsque la construction de l’alambic a été approuvée par Kahnawake, aurait titré: « Décision prise démocratiquement autorisant la vente d’alcool frelaté à Kahnawake, le conseil de bande se porte garant de la qualité du produit ».