La parole est à vous

Ces derniers jours j’ai reçu deux commentaires d’une personne que j’estime beaucoup. Avec sa permission, je les partage aujourd’hui avec vous. Personnellement, j’en ai particulièrement apprécié tant la forme, à savoir les mots choisis pour traiter d’un sujet si sensible, que le fond concernant la thématique de base à retenir de l’ouvrage « Les Autochtones ne sont pas des pandas ».

Le premier propos se lit comme suit: « J’ai eu le plaisir de vous entendre hier sur les ondes de Radio-Canada (Désautels). Bravo, c’était excellent. Pas facile de rendre compte de votre livre en quelques minutes seulement. J’espère seulement qu’on comprendra le sens de votre remise en question des mythes d’occupation ancestrale du territoire par les Amérindiens. À savoir qu’il ne s’agit pas là d’une tentative de déligitimer leur émancipation, mais tout le contraire, puisque ce sont précisément ces mythes qui les emprisonnent et bloquent la reconnaissance de l’histoire de nos relations avec eux ».

Un second envoi, dont je vous cite un extrait, aborde aussi cette même thématique de la réconciliation historique, mais sous un angle plus direct: « …L’important je pense, est que le livre ne soit pas reçu comme une charge contre les prétentions amérindiennes, mais plutôt (et il me semble que c’est ce qu’il offre de plus positif) comme une invitation à fonder une histoire commune, dans le respect des différences de chacun. Pour que cela soit, il faut accepter de se raconter l’histoire autrement et éliminer les barrières artificielles qui se sont développées au fil du temps. Les Amérindiens n’ont rien à gagner en s’enfermant dans un ghetto racial. Et ce n’est pas en idéalisant leur passé qu’ils seront plus authentiques.

Les Québécois francophones ont dû eux aussi passer par un processus de désidéalisation de leur passé pour s’ouvrir à la modernité et quitter des valeurs traditionnelles qui les étouffaient. Il y a donc tout un lien de solidarité entre les Québécois et les Amérindiens qu’il faut arriver à susciter, et votre livre présente les bases pour une telle rencontre. »

Voilà deux commentaires extrêmement percutants, en ce qu’ils soulèvent chacun l’importance d’une compréhension commune, Autochtones et non-Autochtones québécois, de notre histoire. Il s’agit là d’une condition préalable si nous aspirons un jour à vivre ensemble en harmonie et en relations concitoyennes.

Avez-vous une opinion ou des réactions face à ces deux points de vue? Le débat est lancé. Particulièrement parmi les Autochtones, votre point de vue serait hautement contributif au débat.

Casino de Kahnawake et citoyenneté québécoise

Le Québec compte environ 80 000 Autochtones, soit 1 % de la population québécoise. De ce nombre le quart, soit 20 000 personnes, habitent des réserves où la vie communautaire est empreinte de détresse sociale et économique. Ces communautés, sans exception, sont situées en régions périphériques ou isolées.

Nonobstant leur condition sociale et économique, tous les Autochtones du Québec ont en commun de s’inscrire en marge de la société civile et politique québécoise. Pour le moment, ils rejettent unanimement toute forme de développement d’une relation citoyenne égalitaire avec les Québécois. Le projet de casino de Kahnawake représente un cas extrême de comportements se dissociant de toute morale et toute responsabilité citoyenne. À l’autre extrême, l’exploitation honteuse du système par les Hurons de Wendake apparaît tout aussi injustifiable en 2012. Entre ces deux extrêmes, neuf nations vivant chacune des situations qui leur sont propres.

Dans tous les cas les Autochtones, prétextant une occupation ancestrale du territoire, se font un point d’honneur de s’exclure de toutes démarches ou manifestations d’adhésion citoyenne. Particulièrement depuis le jugement Malouf de 1973, lequel reconnaît les prétentions territoriales des Cris sur le territoire de la Baie James, les Autochtones ont graduellement défini leurs relations avec les Québécois comme ne pouvant s’exprimer qu’à travers des négociations juridiques et des jugements de cour.

À titre de peuple distinct, ils considèrent que leur participation active aux débats démocratiques, à la discussion des grands enjeux de société, de même que leur adhésion à la citoyenneté québécoise, ne s’inscrivent pas dans leur démarche d’émancipation. Ils sont des habitants du territoire québécois refusant toute inclusion à la société civile québécoise.

Ce triomphe du juridique et de la confrontation politique a graduellement isolé les deux peuples depuis quarante ans. Durant cette période, le Québec s’est ouvert au monde. Il a précisé plusieurs valeurs fondamentales lui permettant aujourd’hui d’avoir une identité établie comme société. Parmi ces valeurs citoyennes consensuelles figurent notamment les suivantes:

  • Respect non négociable des principes d’une démocratie moderne;
  • Égalité des hommes et des femmes;
  • Respect des libertés individuelles;
  • Promotion des valeurs familiales et protection des enfants;
  • Reconnaissance du français comme langue officielle;
  • Partage équitable de la richesse collective;
  • Respect des différences sociales, qu’elles soient communautaires ou individuelles;
  • Accès le plus large possible à une éducation et des soins de santé de qualité.

Toutes ces avancées, le Québec les a réalisées sans la participation de ses concitoyens autochtones. Dans la majorité des cas, malgré la rhétorique des chefs, les Autochtones n’ont pas su développer de véritables expertises ni même amorcer des réflexions permettant d’espérer à court terme des progrès significatifs en ces domaines.

Pourquoi une telle situation? L’utopie de la présence ancestrale autochtone au Québec, la reconnaissance juridique de cette utopie, voici deux éléments qui contaminent tout débat démocratique au sein des communautés et nations autochtones. Si nous ne brisons pas ce carcan idéologique, Autochtones et Allochtones ensemble, comment peut-on espérer une réflexion constructive sur la question de l’adhésion des Autochtones à une citoyenneté québécoise autochtone?

Le Québec, en acceptant de cantonner ses rapports avec les Autochtones à la seule sphère juridique, endosse tacitement un statu quo pratique, bien qu’inacceptable. Dans les faits, cela témoigne que nous sommes démunis et n’avons actuellement aucune autre option à proposer.

Nous gagnons du temps, mais l’échéancier de la confrontation démocratique approche. Nous ne pourrons toujours esquiver le débat de fond quant à l’histoire de la présence autochtone au Québec et l’urgence de les inclure dans l’univers citoyen québécois. La réaction du Québec au projet de casino de Kahnawake pourrait s’avérer un moment décisif.

Pour le moment, jamais n’avons-nous été aussi éloignés sur le plan des valeurs et de l’adhésion citoyenne. Il est plus que temps de développer une compréhension commune, Autochtones et Allochtones, de notre avenir collectif au sein de la société québécoise.

Lancement le 26 avril

En guise d’ouverture, voici la jaquette du livre « Les Autochtones ne sont pas des pandas », disponible en librairie à compter du 26 avril 2012. À partir de cette date, il est espéré que ce blogue devienne un lieu d’échange sur la question des relations entre Autochtones et non-Autochtones au Québec. C’est un rendez-vous.