Critique Le Devoir, samedi, 14 juillet 2012

http://www.ledevoir.com/culture/livres/354432/les-autochtones-freres-oublies

Michel Lapierre fait état de sa lecture du livre « Les Autochtones ne sont pas des pandas » dans Le Devoir du 14 juillet 2012. Malgré sa présentation extrêmement déroutante et romantique concernant l’ancestralité de la présence autochtone au Québec, qu’il définit comme tout Autochtone ayant des racines en Amérique du Nord, je lui suis gré d’exprimer ainsi clairement ce point de vue extrême. Dans les faits cependant, ce raisonnement revient à nier l’intérêt de tenir compte de l’histoire spécifique du Québec.

C’est notamment le point de vue des Hurons. Grâce à cet argument, ils parviennent à   justifier des revendications territoriales autrement insoutenables. Cela les légitime aussi à se désolidariser des Québécois et de leur histoire, puisqu’ils peuvent prétendre que seul leur origine nord-américaine explique leur statut ancestral.

Par ailleurs, il convient de souligner que les commentaires de M. Lapierre sont à maints égards fort positifs et toujours respectueux. Je l’en remercie.

Ceci étant dit, n’en déplaise à M. Lapierre, lorsque les Cris, les Innus, les Micmacs et les Attikameks négocient, ils appuient leurs revendications sur des prétentions d’occupation ancestrale du territoire québécois variant entre 1000 et 10 000 ans. Jamais, à l’exception des Hurons, un Autochtone du Québec n’a justifié ses revendications territoriales sur la base qu’il occupait un territoire  hors Québec en Amérique du nord il y a 5 000 ans.

Cette dérive anthropologique montre pourquoi il convient aujourd’hui de mettre fin à ces fabulations mystiques et romantiques. L’inclusion citoyenne des Autochtones à la société québécoise ne peut s’opérer sur la base de mensonges quant à notre histoire commune. La présence ancestrale des Autochtones sur le territoire du Québec est un mythe qu’il faut détruire pour le bénéfice de tous.

Actuellement les Autochtones sont prisonniers de leur statut de victimes de l’Histoire. Pour les autres, les non-Autochtones, nous sommes tous marqués du sceau indélébile de la culpabilité éternelle et de l’obligation de réparation jusqu’à la fin des temps. Voilà la justification des traités.

Ce faisant, nous devenons tous acteurs d’un drame collectif insoluble. La société québécoise  accepte, au nom d’arguments historiques et idéologiques fallacieux, qu’une partie de ses membres soient exclus de l’univers citoyen québécois, autant des responsabilités que des bénéfices composant cet univers. Pour les Autochtones, le Québec est actuellement une prison sociale où les barreaux sont constitués d’incompréhensions et de comportements racistes mutuels dévastateurs.

Avoir le courage d’amorcer un dialogue visant une inclusion citoyenne autochtone pleine, entière et respectueuse de l’histoire, représente un défi de société exaltant que Québécois autochtones et non-autochtones peuvent relever. Pour cela, il faut  briser avec les visions anthropologique, théologique, chamanisme et autres qui prédominent actuellement. Toutes ces visions ont en commun de confiner les Autochtones du Québec au rang d’icônes raciales idéalisées.

Le livre « Les Autochtones ne sont pas des pandas » se veut un ouvrage résolument engagé et respectueux des Autochtones du Québec. Il se refuse toutefois à ignorer la réalité historique du Québec, celle des hommes et des femmes, incluant les Autochtones, qui ont façonné cette histoire peu banale. Les mensonges et les dénis vertueux ne constituent plus des avenues acceptables si l’on souhaite enrichir le Québec d’une citoyenneté québécoise autochtone.

 

 

8 réflexions au sujet de « Critique Le Devoir, samedi, 14 juillet 2012 »

  1. J’ai écrit sur le sujet, plus précisément, un roman intitulé:Tikinakan.
    J’aimerais le voir publier et diffuser.
    Ce roman est inspiré d’un fait vécu, car j’ai vécu et enseigné chez les Attikameks.
    Merci!
    Claudette Picard

  2. J’aimerais lire votre livre.
    J’espère qu’il sera édité.
    Je crois que les romans sont une formule qui reste la seule issue pour
    dire la vérité sur ce qui se passe vraiment en franchissant la censure
    qui protège le mensonge.

  3. La ou les personnes qui veulent lire mon livre peuvent se le procurer sur lulu.com
    En tapant tout simplement le titre Tikinakan et mon nom Claudette Picard
    sur google, vous le verrez.
    Merci!

  4. j’ai lu votre livre et l’ai bien apprécié…très documenté et mérite plus .
    je me demande comment il se fait qu’il fait si peu de vagues?
    pourtant il est d’actualité.
    et qu’en disent les historiens comme vaugeois ?
    peut être les citoyens ne sont que dans les scandales de la construction!

    • Merci de votre appréciation. Les relations entre Autochtones et non/Autochtones constituent un enjeu de société extrêmement sensible. La rectitude politique et idéologique est tellement omniprésente qu’un malaise se crée aussitôt que des points de vue différents sont exprimés, particulièrement concernant le caractère ancestrale de la présence autochtone, la victimisation absolue de ces derniers et l’obligation de repentir de non-Autochtones du fait des conséquences de leur arrivée en Amérique du Nord. Développer une relation citoyenne respectueuse, égalitaire et harmonieuse avec les Autochtones exige que tous ensemble nous acceptions notre histoire telle qu’elle est et non telle que nous aurions souhaité qu’elle soit. Le monde fabuleux d’une présence autochtone dans un Québec paradisiaque n’a jamais existé. Pour le bien futur des Autochtones et celui de l’ensemble de la société québécoise, incluant le Autochtones, il faut s’autoriser de revoir en profondeur les origines historiques de nos relations mutuelles. Seule la fin des fabulations peut permettre aux Autochtones d’occuper aujourd’hui, dans l’honneur, la place citoyenne légitime qui leur revient dans la société québécoise.

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