À nos casseroles (première partie de deux)

Il y a quelque chose de noble, de beau dans cette mobilisation populaire vieille maintenant de plus de 100 jours. Qu’une manifestation maintienne un tel niveau d’intensité en continu sur une si longue période relève déjà de l’événement. Que le gouvernement n’ait pas encore compris qu’il lui revient de poser les gestes pour y mettre fin relève certes de l’inconscience politique de ces gens, mais aussi de la détresse de cette gouvernance usée.

Après 100 jours, il est cependant temps de trouver une solution à cette crise. Du côté des manifestants de grands dangers guettent le mouvement:

  • perte de contrôle des enjeux de la lutte;
  • dérapage des manifestations par la violence des casseurs;
  • brisure entre Montréal et le reste des régions;
  • et enfin, mais je dirais surtout, confusion dangereuse entre l’objectif de l’abolition des frais de scolarité et celui de l’accès démocratique le plus large possible aux études supérieures.

Car c’est de cela dont on parle, l’enjeu essentiel de cette lutte politique: s’assurer qu’aucun étudiant québécois ne se voit privé de réaliser les études de son choix pour des raisons financières. Ultimement, faire de l’éducation au Québec une valeur sociale non négociable incluant l’accès, certes, mais également la qualité des formations dispensées ainsi que la passion et la valorisation d’apprendre pour les étudiants.

Passer de la demande de gratuité des frais de scolarité à celle de la reconnaissance absolue de l’éducation comme projet de société prioritaire au Québec, voilà l’enjeu sur lequel doit déboucher ce mouvement. Situer le débat à ce niveau élargirait considérablement le terrain pour de nouvelles négociations. Cela ouvrirait entre autre la porte à une  réconciliation de points de vue actuellement irréconciliables.

De manière pratique, une telle approche rendrait possible l’élaboration conjointe, à savoir étudiants, représentants des institutions d’enseignement et de la société civile et gouvernement, d’un projet s’étalant sur plusieurs années. Les principes demeureraient non négociables, mais leur mise en oeuvre ferait appel à une mobilisation continue et une concertation de tous les acteurs que ce nouvel objectif de société interpellerait.

C’est ici que le gouvernement doit innover dans sa réponse au bruit des casseroles.

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