Une réponse gouvernementale historique (seconde partie)

Il revient au gouvernement d’initier une réponse à la crise. Oui les derniers 100 jours furent difficiles, non il n’a pas à s’empêtrer dans des faux-fuyants afin de sauver la face. Au contraire, plus il tarde à répondre à la grogne populaire, plus il s’enfonce.  Que la situation dérape, incluant violence extrême, blessés et mort d’hommes, il passerait à l’histoire pour les pires raisons qui soient.

Que doit-il faire à cette étape-ci? D’abord sortir de l’ornière cul-de-sac de la négociation de frais de scolarité justes pour les étudiants. C’est simple, selon le point de vue adopté toutes les répercussions présumées rattachées à une hausse ou non des frais de scolarité peuvent trouver des défenseurs: les évaluations vont de l’effet nul jusqu’aux prédictions les plus apocalyptiques quant à l’accès futur aux études supérieures.

Chacun peut interpréter à sa manière l’enjeu des frais de scolarité au Québec. Actuellement, sans porter de jugement sur le fond, ces frais demeurent tout de même largement sous la moyenne nord-américaine et donc socialement défendables pour nombre de gens.

C’est pour cela qu’il revient au gouvernement de prendre l’initiative de quitter ce terrain miné et défavorable à toute entente négociée. Débattre sur le seul enjeu de la hausse des frais de scolarité amène rapidement à prêter des intentions maléfiques à l’autre, intentions trop souvent injustifiées. Dans ce contexte, le gouvernement a tout avantage à briser ce climat d’incompréhension en ramenant le débat dans la sphère des valeurs citoyennes, des valeurs liées à l’identité québécoise en matière d’éducation.

Quelle société désirons-nous léguer à nos jeunes? Par exemple, est-ce que l’accès aux études, autant secondaire et formation professionnelle que collégiale et universitaire, doit être inscrit dans la chartre de la citoyenneté québécoise? De même, souhaitons-nous collectivement enrichir notre patrimoine humain en accentuant notre ouverture au monde par l’entremise d’échanges universitaires internationaux plus appuyés? Aussi il convient de s’interroger sur l’accès à l’éducation pour les milieux défavorisés, les minorités telles les Autochtones, les nouveaux immigrants, notamment les femmes de certaines communautés réfractaires à leur plein épanouissement, les habitants de régions éloignées, etc.

Plusieurs questions autres que financières se posent également en matière d’accès aux études. À cet égard, la mobilisation et la passion populaires pour cet enjeu exigent d’être prises en charge par un gouvernement du Québec démocratiquement élu.

Ici je me permets d’adresser une suggestion à M. Charest. Depuis vingt ans les partis au pouvoir se sont constamment butés à la question de la hausse des frais de scolarité. En l’esquivant par le biais de la poursuite de la politique du gel des frais de scolarité, les gouvernements ont également fait l’économie d’un véritable débat, celui de la valorisation d’une éducation accessible, mais aussi de qualité. En cela M. Charest, nous devons au moins reconnaître à votre gouvernement d’avoir eu le courage de s’attaquer à ce statu quo louvoyant jugé confortable et facile par vos prédécesseurs.

Reste maintenant le plus difficile mais le plus exaltant si vous souhaitez passer à l’histoire pour les bonnes raisons. Les grandes orientations touchant l’éducation ne doivent plus être au Québec l’apanage du parti politique au pouvoir. Ces orientations doivent relever de l’assemblée nationale et d’un organisme indépendant, tel un Conseil supérieur de l’éducation redéfini, responsable chaque année de mener des études et des débats publics et transparents sur les enjeux liés à la démocratisation et la valorisation de l’éducation au Québec.

Le gouvernement quant à lui conserverait la prérogative de traduire dans l’action les orientations retenues et de faire rapport annuellement de ses réalisations et priorités en matière d’éducation. À chaque cinq ans, une révision de cette démarche sera obligatoire afin d’en décider le maintien.

Une telle démarche, garantissant aux Québécois un forum permanent d’implication et de débats, confèrerait à l’éducation le statut politique et social  particulier que la société souhaite et que l’éducation mérite.

À nos casseroles (première partie de deux)

Il y a quelque chose de noble, de beau dans cette mobilisation populaire vieille maintenant de plus de 100 jours. Qu’une manifestation maintienne un tel niveau d’intensité en continu sur une si longue période relève déjà de l’événement. Que le gouvernement n’ait pas encore compris qu’il lui revient de poser les gestes pour y mettre fin relève certes de l’inconscience politique de ces gens, mais aussi de la détresse de cette gouvernance usée.

Après 100 jours, il est cependant temps de trouver une solution à cette crise. Du côté des manifestants de grands dangers guettent le mouvement:

  • perte de contrôle des enjeux de la lutte;
  • dérapage des manifestations par la violence des casseurs;
  • brisure entre Montréal et le reste des régions;
  • et enfin, mais je dirais surtout, confusion dangereuse entre l’objectif de l’abolition des frais de scolarité et celui de l’accès démocratique le plus large possible aux études supérieures.

Car c’est de cela dont on parle, l’enjeu essentiel de cette lutte politique: s’assurer qu’aucun étudiant québécois ne se voit privé de réaliser les études de son choix pour des raisons financières. Ultimement, faire de l’éducation au Québec une valeur sociale non négociable incluant l’accès, certes, mais également la qualité des formations dispensées ainsi que la passion et la valorisation d’apprendre pour les étudiants.

Passer de la demande de gratuité des frais de scolarité à celle de la reconnaissance absolue de l’éducation comme projet de société prioritaire au Québec, voilà l’enjeu sur lequel doit déboucher ce mouvement. Situer le débat à ce niveau élargirait considérablement le terrain pour de nouvelles négociations. Cela ouvrirait entre autre la porte à une  réconciliation de points de vue actuellement irréconciliables.

De manière pratique, une telle approche rendrait possible l’élaboration conjointe, à savoir étudiants, représentants des institutions d’enseignement et de la société civile et gouvernement, d’un projet s’étalant sur plusieurs années. Les principes demeureraient non négociables, mais leur mise en oeuvre ferait appel à une mobilisation continue et une concertation de tous les acteurs que ce nouvel objectif de société interpellerait.

C’est ici que le gouvernement doit innover dans sa réponse au bruit des casseroles.

Les Mohawks s’entendent pour continuer le commerce du tabac (La Presse, 22 mai 2012)

Ainsi les Mohawks de Kahnawake ont démocratiquement décidé de continuer la contrebande de tabac. Ce qui est extraordinaire dans l’article mentionné en titre c’est que l’on ne parle que de commerce du tabac ou d’industrie du tabac, jamais de contrebande. C’est là un exemple type de désinformation distillée au quotidien lorsque l’on traite de sujets reliés aux Autochtones et, dans le cas présent, aux Mohawks.

Dans les faits, la contrebande de cigarettes à Kahnawake est une affaire de gros sous, de très gros sous contrôlée par des joueurs majeurs du crime organisé. La communauté et le conseil de bande de Kahnawake font parti de ces joueurs majeurs.

Plus encore, l’article de La Presse présente comme une décision démocratique, légitime, car prise selon les coutumes autochtones, l’adoption d’une loi mohawk autorisant la mise en circulation de cigarettes. Rappelons que  ces cigarettes sont produites par n’importe qui, sans contrôle public. Elles sont plus susceptibles d’être nocives que les cigarettes officielles, ce qui est peu dire.

J’ai  maintes fois demandé à des dirigeants de Kahnawake s’ils ne se sentaient pas mal à l’aise moralement face à cette situation. Chaque fois ils m’ont répondu que ce n’était pas leur problème mais celui des Québécois. Ils se désolidarisaient totalement des conséquences sur la santé publique des gens. Aujourd’hui, La Presse vient leur donner raison en présentant leur décision de poursuivre la vente de leurs cigarettes de contrebande comme une décision normale relevant exclusivement de la gouvernance mohawk. Où est la responsabilité citoyenne?

Une autre fois je vous raconterai l’histoire de l’alambic géant à Kahnawake qui a fait l’objet il y a quelques années de la seule descente conjointe Sureté du Québec/Police de Kahnawake. Et vous savez pourquoi elle a été autorisée par le Conseil de bande? C’est que même  les hauts dirigeants de la mafia considéraient que les Mohawks allaient trop loin. Avec la production d’alcool frelaté, ils risquaient de rendre des gens aveugles ou pire, de les tuer.

Si une telle chose s’était produite, toutes les activités frauduleuses et très lucratives de Kahnawake auraient été menacées par une probable enquête publique exigée par la population. Croyez-vous que La Presse, si elle avait assisté à la réunion du Conseil de bande lorsque la construction de l’alambic a été approuvée par Kahnawake, aurait titré: « Décision prise démocratiquement autorisant la vente d’alcool frelaté à Kahnawake, le conseil de bande se porte garant de la qualité du produit ».

La parole est à vous

Ces derniers jours j’ai reçu deux commentaires d’une personne que j’estime beaucoup. Avec sa permission, je les partage aujourd’hui avec vous. Personnellement, j’en ai particulièrement apprécié tant la forme, à savoir les mots choisis pour traiter d’un sujet si sensible, que le fond concernant la thématique de base à retenir de l’ouvrage « Les Autochtones ne sont pas des pandas ».

Le premier propos se lit comme suit: « J’ai eu le plaisir de vous entendre hier sur les ondes de Radio-Canada (Désautels). Bravo, c’était excellent. Pas facile de rendre compte de votre livre en quelques minutes seulement. J’espère seulement qu’on comprendra le sens de votre remise en question des mythes d’occupation ancestrale du territoire par les Amérindiens. À savoir qu’il ne s’agit pas là d’une tentative de déligitimer leur émancipation, mais tout le contraire, puisque ce sont précisément ces mythes qui les emprisonnent et bloquent la reconnaissance de l’histoire de nos relations avec eux ».

Un second envoi, dont je vous cite un extrait, aborde aussi cette même thématique de la réconciliation historique, mais sous un angle plus direct: « …L’important je pense, est que le livre ne soit pas reçu comme une charge contre les prétentions amérindiennes, mais plutôt (et il me semble que c’est ce qu’il offre de plus positif) comme une invitation à fonder une histoire commune, dans le respect des différences de chacun. Pour que cela soit, il faut accepter de se raconter l’histoire autrement et éliminer les barrières artificielles qui se sont développées au fil du temps. Les Amérindiens n’ont rien à gagner en s’enfermant dans un ghetto racial. Et ce n’est pas en idéalisant leur passé qu’ils seront plus authentiques.

Les Québécois francophones ont dû eux aussi passer par un processus de désidéalisation de leur passé pour s’ouvrir à la modernité et quitter des valeurs traditionnelles qui les étouffaient. Il y a donc tout un lien de solidarité entre les Québécois et les Amérindiens qu’il faut arriver à susciter, et votre livre présente les bases pour une telle rencontre. »

Voilà deux commentaires extrêmement percutants, en ce qu’ils soulèvent chacun l’importance d’une compréhension commune, Autochtones et non-Autochtones québécois, de notre histoire. Il s’agit là d’une condition préalable si nous aspirons un jour à vivre ensemble en harmonie et en relations concitoyennes.

Avez-vous une opinion ou des réactions face à ces deux points de vue? Le débat est lancé. Particulièrement parmi les Autochtones, votre point de vue serait hautement contributif au débat.